La truffe blanche d’Italie, Tuber magnatum, est souvent présentée comme un champignon très exigeant, vivant uniquement en association avec les racines de certains arbres, comme les chênes, les peupliers ou les tilleuls. C’est vrai, mais ce n’est pas toute l’histoire. Depuis longtemps, les chercheurs observent quelque chose d’étrange sur le terrain : même dans les zones où l’on récolte beaucoup de truffes blanches, on trouve très peu de racines d’arbres réellement « mycorhizées » par cette truffe, alors que son mycélium, le réseau souterrain du champignon, est bien présent dans le sol.

Une étude publiée en 2025 a apporté un éclairage nouveau et assez surprenant. Les chercheurs ont découvert que la truffe blanche est capable, au moins ponctuellement, d’entrer à l’intérieur des racines de certaines plantes sauvages herbacées, c’est-à-dire des plantes non ligneuses, comme des carex, sans leur faire de mal. On parle alors d’endophytisme : le champignon vit dans la plante, discrètement, sans provoquer de maladie. Cette présence a été observée surtout au printemps, au moment où la truffe blanche est la plus active dans le sol, lorsque l’humidité est suffisante et que tout le monde redémarre sous terre. Il est important de comprendre que ces plantes herbacées ne remplacent pas les arbres.
Elles ne nourrissent pas la truffe comme le fait un chêne ou un peuplier. Leur rôle semble plutôt secondaire, mais potentiellement crucial : elles pourraient servir de refuge temporaire, de point d’appui ou de relais pour le mycélium, notamment quand il se déplace dans le sol ou qu’il traverse des zones moins favorables.
On peut imaginer la truffe blanche utilisant ces plantes comme des abris discrets, lui permettant de survivre, de patienter ou d’explorer son environnement. Cette découverte ne rend pas la truffe blanche plus simple à cultiver, bien au contraire, mais elle aide à mieux comprendre pourquoi elle est si capricieuse et si liée à des équilibres naturels très fins.

Elle rappelle surtout que la truffe blanche n’est pas seulement l’affaire d’un arbre et d’un sol, mais d’un écosystème entier, vivant, complexe et encore largement mystérieux, ce qui explique aussi sa rareté et sa valeur exceptionnelle (Graziosi et al., 2025).